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Culture

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« attention oblique » : les ouvriers sont conscients des défauts du produit
« L'invitation à la romance ». Les producteurs et les consommateurs, les hebdomadaires familiaux, la chansonnette.
Hoggart montre que les magazines, en dépit de leur sensationnalisme, font preuve de conservatisme et en restent très largement à des récits superficiels et dénués de toute originalité. La presse à grande diffusion prétend avoir un "franc-parler" mais c'est plat et très conventionnel en réalité. Il montre aussi que les chansonnettes diffusent des valeurs factices de "bons sentiments", du sentiment de "bon voisinage" et qu'il y a une évolution de ce que signifie "amitié" dans ces récits: traditionnellement, ce sont les valeurs de "la solidarité et du stoïcisme populaires", maintenant (1950), c'est une "sorte d'auto-satisfaction béate et larmoyante", "chansons 'idiotes' du type de Ca ne fait rien du moment qu'on a le moral" etc. "Il semble qu'avec la forme moderne d'écriture nous pénétrions dans des régions où il n'advient plus rien de réel, que nous accédions à des régions crépusculaires où les automatismes s'engendrent les uns les autres automatiquement."
Mais les classes populaires ne lisent pas les journaux/magazines uniquement au premier degré, il estime que la vision condescendante selon laquelle elles sont conditionnées par ces lectures est trop déterministe et unilatérale. Le producteur ne conditionne pas leur façon de penser car les ouvriers voient ces lectures comme un divertissement et ne le prennent que comme tel. Ils savent que les journaux disent ce qu'on veut leur faire entendre de façon sensationnaliste et superficielle pour obtenir leur argent mais cela ne provoque pas nécessairement de répulsion puisque l'ouvrier a une certaine distance vis-à-vis de ses lectures: "Tout ça, c'est du bla-bla-bla". Le consommateur prend ce qui le divertit dans le magazine et ne jette qu'un regard distrait sur le reste, "attention oblique". Il distingue sa vie quotidienne de l'irréalité de ce qu'il lit dans ces magazines et reste largement imperméable à leurs propos, d'autant plus qu'il ne lui prête que peu d'attention.
Plus les élèves vont à l'école, moins ils lisent de livres. Au collège, les professeurs essaient d'intéresser les élèves à la lecture en leur proposant des livres qui leur parlent, qu'ils peuvent lire facilement ou auxquels ils peuvent s'identifier (Vipère au poing de Bazin par exemple). Au lycée, on passe du cours de français au cours de lettres, la lecture devient littéraire, beaucoup d'élèves développent une répulsion à ce changement qui modifie leurs habitudes de lecture. Il y a une hiérarchisation des lecteurs, un "champ" littéraire (exemple d'une élève, Mélanie, dont les parents sont ingénieur et institutrice) qui se considère plus légitime que la lecture ordinaire: "Pour ceux qui aiment bien Stephen King, tant mieux pour eux, hein! ça les distrait." Le discours sur la lecture n'est pas le même, il y a une lecture critique et instruite qui fait attention à la forme et réfléchit en genres littéraires, en comparaison avec d'autres oeuvres face à une lecture plus "naïve": "j'ai aimé le livre", "c'est bien écrit". La lecture littéraire est celle que l'on enseigne au lycée, pour les réfractaires, c'est une lecture forcée (exemple de Yann qui évalue la valeur d'un livre à son temps de lecture, Bel-Ami=10 heures). L'élève accède à la lecture par une "identification admirative" aux personnages du livre, une lecture au premier degré qui entre en contradiction avec la lecture technique que lui impose le lycée où il doit chercher à interpréter le sens des phrases ou des mots et développe rapidement "un sentiment d'incompétence par rapport à cette posture réflexive". Le collège cherche à articuler ces deux types de lecture, le lycée non: "en promouvant le modèle unique d'une lecture savante par ses formes et ses objectifs et littéraire par ses supports, le lycée renonce à s'adresser à tous." Baudelot et Cartier distinguent finalement deux groupes socialement distincts, les "lecteurs ordinaires" et les "lecteurs littéraires".